Devenir un éminent scientifique en 5 secondes

Comment écrire une étude scientifique sérieuse et se faire éditer (presque à coup sûr) en 1 clic ?

L’éminent éditeur allemand de contenus scientifiques ­Springer à retiré en 2014 seize études pseudo-scientifiques. Des textes truffés de jargon poussé à l’absurde, qu’il avait pourtant publiés. Autre éditeur victime de charlatanisme scientifique, l’Institute of electrical and electronic engineers de New York. Acteur majeur de l’édition dans le domaine de la recherche informatique, l’institut a aussi retiré de ses sites (sans en faire communication officielle) plus d’une centaine de textes scientifiques bidons, bourrés d’expressions absurdes, de graphiques loufoques ou de bibliographies douteuses, qui avaient pourtant été présentés dans le cadre de conférences sur les sciences de l’informatique et de l’ingénierie entre 2008 et 2013.

Pour comprendre et mesurer l’ampleur du problème, il faut remonter à 2005. À cette époque, des étudiants soucieux de montrer les failles du système académique créent le programme informatique (maintenant en ligne) intitulé SCIgen qui permet de créer automatiquement des études en apparence savantes. Il suffit d’entrer le nom d’au moins un auteur et d’appuyer sur le bouton «  générer » pour voir s’afficher le résultat. Un résultat qui fait illusion, qui vous fera paraître très intelligent tant la juxtaposition de termes du jargon informatique y est poussée à l’extrême et incompréhensible. Vous pouvez tester vous-même les capacités de ce programme qui est toujours en ligne, en entrant tout simplement votre propre nom ou celui de votre voisine d’en face si ça vous chante. Quelques retouches grammaticales et hop, l’affaire est dans le sac !

Le problème, c’est que le programme est utilisé aujourd’hui à des fins qui ont réussi à tromper au moins deux éditeurs de renom. C’est Cyril Labbé, maître de conférences à l’université Joseph-Fourier, qui a sonné l’alarme il y a plusieurs mois. Son dada, à lui, c’est de débusquer ces fausses études, à l’aide d’un autre logiciel qu’il a lui-même élaboré et qui est à disposition de tous sur le site de son laboratoire de recherche grenoblois.

Un faussaire plus publié et cité qu’Albert Einstein


Cyril Labbé a lui-même imaginé un faux chercheur, baptisé Ike Antkare (pour «  I don’t care, je n’en ai rien faire »), qui était parvenu à se faire publier 102 fois en 2012, réussissant ainsi à se hisser à la 21e place du palmarès des scientifiques les plus référencés au monde, devant Albert Einstein, qui n’apparaissait qu’à la 36e place, cette année-là ! Il a lui-même dévoilé cette supercherie destinée à révéler des pratiques existantes. Mais dans quel but organiser de fausses conférences et générer de fausses études ? Cyril Labbé émet deux hypothèses : «  Pour avoir des subventions, pour rembourser des voyages d’agrément… Dans ce cas-là on peut mettre en cause une forme de corruption. » Sa seconde hypothèse met en cause « le management aveugle par le chiffre » mis en place notamment en Chine où des étudiants ne peuvent décrocher un simple master sans avoir vu leurs travaux publiés. «  Des universitaires font de même pour justifier des crédits de recherche  », nous explique par courriel Cyril Labbé.

On finit par douter de tout, au point que nous avons vérifié si Cyril Labbé existe bel et bien ! Ce qui a bien fait rire la chercheuse Claudia ­Roncancio, qui partage le même laboratoire que lui à Grenoble. Mais pas question de se marrer face aux données qui se partagent désormais tous azimuts et parfois sans aucun filtre. «  Si ces textes ont été publiés, c’est qu’ils n’ont pas été lus ou juste survolés », déplore l’universitaire, qui en appelle à débattre d’éthique en matière de big data.

Pour le plaisir voici un court extrait d’une étude que nous avons générée en un clic avec le programme SCIgen au nom d’un certain Alain Tox (qui comme chacun sait a étudié de près l’informatique) : « Les modèles interactifs unifiés (MIU) ont conduit à de nombreux progrès convaincants, comprenant la machine de Turing et ses sommes de contrôle. En fait, quelques ingénieurs électriques seraient en désaccord avec l’amélioration des points d’accès, qui incarne les principes pratiques de la théorie [23]. Dans cet article, nous confirmons non seulement que ce régime et les scatter / gather I / O sont pour la plupart incompatibles, mais que la même chose est vraie pour les interruptions. » … Télécharger la vraie/fausse étude complète ici. Etonnant non ?

Plus d’une centaine de fausses études scientifiques ont été publiées et vendues par des éditeurs de grande renommée. Cyril Labbé, chercheur en informatique de l’université Joseph-Fourier de Grenoble, a levé le lièvre…

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